Notes de programme

Olga Pashchenko

lun. 31 mars 2025

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Programme détaillé

Felix Mendelssohn Bartholdy (1819-1847)

Romances sans paroles op. 19b
– 3. Molto allegro e vivace
– 5. Poco agitato
[5 min]

Romances sans paroles op. 30
– 1. Andante espressivo
– 2. Allegro di molto
– 3. Adagio non troppo
– 4. Agitato e con fuoco
– 6. Venetianisches Gondellied [Chant de gondolier vénitien] : Allegretto tranquillo
[13 min]

Fanny Mendelssohn Hensel (1805-1847)

Lieder pour piano op. 2
– 1. Lied : Andante
– 3. Villa Mills : Allegretto grazioso
[7 min]

Felix Mendelssohn Bartholdy

Romances sans paroles op. 38 
– 2. Allegro non troppo
[2 min]

Venetianisches Gondellied [Chant de gondolier vénitien], WoO10
[2 min]

Romances sans paroles op. 38 
– 5. Agitato
[2 min]

Romances sans paroles op. 62
– 3. Trauermarsch [Marche funèbre] : Andante maestoso
– 5. Venetianisches Gondellied [Chant de gondolier vénitien] : Andante con moto
– 6. Frühlingslied [Chanson de printemps] : Allegretto grazioso
[9 min]

Romances sans paroles op. 67
– 2. Allegro leggiero
– 4. Spinnerlied [La Fileuse] : Presto
[4 min]

 

--- Entracte ---

Fanny Mendelssohn Hensel

Lieder pour piano op. 8
– 1. Lied : Allegro moderato
– 2. Lied : Andante con espressione
– 3. Lied : Larghetto
– 4. Wanderlied [Chant du voyageur] : Presto
[12 min]

Felix Mendelssohn Bartholdy

Romances sans paroles op. 102
– 1. Andante un poco agitato
– 3. Presto
[4 min]

Romances sans paroles op. 67
– 5. Moderato
[2 min]

Romances sans paroles op. 53
– 6. Molto allegro vivace
[3 min]

Fanny Mendelssohn Hensel

Lieder pour piano op. 6
– 2. Lied : Allegro vivace
– 3. O Traum der Jugend, o goldner Stern  [Ô rêve de la jeunesse, ô étoile dorée] : Andante cantabile
[7 min]

Felix Mendelssohn Bartholdy

Romances sans paroles op. 19b
– 6. Venetianisches Gondellied [Chant de gondolier vénitien] : Andante sostenuto
[2 min]

Fanny Mendelssohn Hensel

Lieder pour piano op. 8
– 4. Il saltarello romano. Tarantella : Allegro molto
[3 min]

Dans le cadre d’Unanimes ! Avec les compositrices. Attentif depuis plusieurs années à la place des femmes dans sa programmation, l’Auditorium-Orchestre national de Lyon participe à cette initiative de l’Association française des orchestres (AFO) dédiée à la promotion des compositrices et de leur répertoire.

Distribution

Olga Pashchenko pianoforte

Introduction

Au cours de sa vie, Felix Mendelssohn publia huit recueils de Romances sans paroles pour piano, petits bijoux de lyrisme et de poésie. Ces pages pour certaines délicates, pour la plupart exaltées, prêtèrent ensuite leur titre à un recueil de poèmes de Paul Verlaine, fruit de sa relation tumultueuse avec Arthur Rimbaud. Dans ce jardin des délices, Olga Pashchenko cueille les plus beaux fruits. On reconnaîtra notamment le Chant du Printemps, les Chants de gondolier vénitien, ainsi que la Fileuse, qui est depuis plus de quarante ans le générique du Masque et la Plume sur France Inter. Au contraire de son cadet, Fanny Mendelssohn demeura en retrait du monde musical, ne composant que pour un cercle d’intimes. Or son talent était tel que, dans certaines pièces, il est difficile de savoir qui d’elle ou de Felix tenait la plume. Olga Pashchenko lui rend pleinement justice en plaçant, en miroir des pièces de Felix, les plus beaux de ses Lieder pour le piano, pages aux noms évocateurs et aux couleurs envoûtantes.

Texte : Auditorium-Orchestre national de Lyon

Les œuvres

Le romantisme musical fait une part importante à l’expression de l’émotion intime, soutenue par la poésie. C’est notamment dans les pays germaniques le moment privilégié de l’essor du lied, poésie chantée accompagnée au piano. Ainsi Mendelssohn et sa sœur Fanny ont-ils composé de nombreux lieder. Mais de plus, chacun à leur manière, ils ont laissé une empreinte durable sur le répertoire pour piano solo en créant une nouvelle forme d’expression : le lied pour piano, sans paroles chantées, Lied ohne Worte, expression qui a été dès l’origine traduite en français par l’appellation un peu réductrice de romance sans paroles. Ils ont souhaité donner à la musique de piano le large éventail expressif du lied, lequel bien entendu ne se limite pas au caractère sentimental et mièvre de la romance. En conférant au piano une expressivité vocale et à la musique pure le pouvoir d’évocation propre à la parole, ils créaient bel et bien un genre nouveau. Aucune de ces «romances» ne raconte un sujet explicite, mais elles suscitent des états d’âme et évoquent des paysages émotionnels aussi profondément que par le biais de la poésie. 

Felix Mendelssohn a composé tout le long de sa carrière de nombreux Lieder ohne Worte : six recueils de six pièces chacun furent publiés de son vivant, auxquels se sont ajoutés deux recueils posthumes. Une grande variété d’écriture et d’expression s’y rencontre : à côté de la romance proprement dite (mélodie sentimentale émergeant d’un accompagnement fluide habilement réparti aux deux mains), on y trouve également des types d’écritures dont Mendelssohn s’est fait une spécialité, comme le scherzo léger et bondissant ou la «fileuse» en mouvement perpétuel, ou encore ces stéréotypes du romantisme musical que sont la marche funèbre, le chant de chasse ou la barcarolle («chant de gondolier vénitien»). Au sein d’un cadre formel aux limites étroites, qui ne laisse pas le temps de longs développements ni de dramatisation, l’invention pianistique y est inépuisable, les harmonies raffinées, et le lyrisme vocal d’un charme constant. 

Le célèbre Frühlingslied [Chanson de printemps] a été composé à l’intention de Clara Schumann, avec qui Mendelssohn entretenait des liens d’amitiés profonds, et offert pour son anniversaire le 13 septembre 1843. Les mélancoliques «chants de gondoliers» sont des souvenirs de son séjour à Venise en 1830. La Trauermarsch [Marche funèbre] du 5e cahier, où le piano imite les sonneries de cuivres et les roulements de timbales, a été jouée dans une orchestration de Moscheles lors des funérailles de Mendelssohn (elle a également accompagné le cortège funèbre la reine Élisabeth II d’Angleterre le 19 septembre 2022, jouée par le British Royal Military Band, Mendelssohn étant très apprécié en Angleterre, où il avait effectué de nombreux séjours).

Dès leur enfance, Felix et sa sœur aînée Fanny bénéficièrent de la même éducation soignée et de l’enseignement de maîtres de musique prestigieux, comme Carl Friedrich Zelter. Les dons exceptionnels des deux enfants prodiges faisaient la fierté de leurs parents, qui les mettaient en valeur lors de concerts privés dans la maison familiale berlinoise, inaugurés en 1822. Fanny et Felix avaient une grande admiration réciproque, et entre eux régnait une féconde émulation dans le domaine de la composition. Pourtant, leurs destins respectifs ont été forcés de diverger. Alors que l’adolescent Felix était encouragé dans sa vocation, on fit comprendre assez vite à Fanny qu’elle ne pourrait pas faire une carrière publique de musicienne, cette activité devant rester pour elle dans le cercle privé. L’obstacle n’était pas seulement sa condition féminine, qui la prédestinait à devenir uniquement épouse et mère, mais surtout sa position sociale, son rang privilégié dans la haute société. Dans une lettre de 1820, leur père Abraham écrit à Fanny : «La musique pourra devenir la profession de Felix, mais pour toi, elle doit seulement rester un agrément.» Felix lui-même, tout en reconnaissant le talent de sa sœur, partageait ce point de vue, craignant que son travail ne soit exposé à la critique de la presse, ce qui aurait été inconvenant. Il lui avait donc interdit non seulement de jouer sur des scènes publiques, mais aussi de publier ses œuvres. Dans une lettre de 1837, il lui écrit : «Publier est quelque chose qui va trop à l’encontre des idées de notre époque et de notre position.» Pourtant, en 1846, une année avant sa mort, Fanny enfreignit cette interdiction, soutenue par son mari, le peintre Wilhelm Hensel. Elle publia alors quelques brefs recueils de lieder sur des poèmes d’auteurs contemporains (op. 1, 3, 7) et des «lieder» ou «mélodies» pour piano (op. 2, 4, 5, 6), tout à fait comparables aux «romances sans paroles» de son frère. Trois recueils furent encore publiés de manière posthume en 1850 (op. 8, 9, 10), mais ces œuvres éditées ne représentent qu’une petite partie des quelque 250 lieder pour soprano et piano et de la centaine de pièces pour piano seul qu’elle a composés (auxquels s’ajoutent quelques œuvres de musique de chambre et des chœurs), qui restent encore largement méconnus. 

Les lieder pour piano de ce programme figurent tous parmi les œuvres éditées. Certains ont été inspirés par des souvenirs précis (Villa Mills – une villa située à Rome sur le mont Palatin – et Tarentello romano ont été composés après un séjour des Hensel à Rome en 1839). D’autres ont certainement un arrière-plan littéraire, portant des titres explicites (op. 6/3) ou le nom d’un poète (op. 8/3 : Nikolaus Lenau). Dans toutes ces pièces, d’une facture solide qui soutient la comparaison avec la perfection d’écriture des œuvres de Felix, on remarque une étonnante palette harmonique, des modulations hardies, une profondeur d’expression qui vont bien au-delà de l’esthétique de la pièce de salon et sont la marque d’une personnalité originale et inspirée, à redécouvrir d’urgence ! 

– Isabelle Rouard