Notes de programme

Lukas Nagel

Ven. 24 jan. 2025

Retour au concert du ven. 24 jan. 2025

Programme détaillé

Sigfrid Karg-Elert (1877-1933)
Trois Impressions op. 72 

I. Harmonies du soir
II. Clair de lune
III. La Nuit

[16 min]

Louis Vierne (1870-1937)
Pièces de fantaisie, deuxième suite op. 53 (Extraits)

III. Hymne au soleil
IV. Feux follets
VI. Toccata

[15 min]

 

--- Pause (10 minutes) ---

Olivier Messiaen (1908-1992)
Combat de la Mort et de la Vie

Extrait des Corps glorieux, sept visions brèves de la vie des Ressuscités (livre 2, n° 1)

[19 min]

Franz Liszt (1811-1886)
Après une lecture du Dante (Sonata quasi fantasia)

Extrait des Années de pèlerinage (deuxième année : Italie, n° 7), pour piano
Transcription d’Helmut Deutsch

[18 min]

Distribution

Lukas Nagel orgue

Introduction

En novembre 2022, Lukas Nagel remportait le 2e Concours International Olivier Messiaen, qui se tenait à l’Auditorium de Lyon. Le jury récompensait un musicien complet, aussi à l’aise dans Bach que dans la musique contemporaine. Un organiste d’une grande douceur, ciselant le son et les articulations. Un poète du clavier doté également de brio et de tempérament – il le prouvera sans peine dans deux pièces redoutablement virtuoses, la Toccata de Vierne (issue des Pièces de fantaisie composées en 1926) et la sonate Après une lecture du Dante de Liszt (arrangement d’une pièce pour piano de 1849, issue des Années de pèlerinage, qui emprunte son titre à un poème de Victor Hugo). Lukas Nagel a inscrit à son programme les Trois Impressions (1909) de son compatriote Sigfrid Karg-Elert, pièces d’une grande beauté dont les titres français trahissent l’influence de Claude Debussy. Lukas Nagel rend également hommage à Messiaen avec le spectaculaire Combat de la Mort et de la Vie, issu des Corps glorieux (une pièce créée en 1941 au palais de Chaillot, précédente maison de l’orgue aujourd’hui à l’Auditorium de Lyon). Un combat sauvage qui finit dans la béatitude de la vie éternelle.

Texte : Auditorium-Orchestre national de Lyon

Karg-Elert, Trois Impressions op. 72

Composition : 1909.
Dédicace : «à Monsieur Alexandre Guilmant».

Le compositeur et organiste allemand Sigfrid Karg-Elert a composé un grand nombre d’œuvres pour orgue ou pour harmonium, instrument dont il s’était fait le spécialiste. Son langage oscille entre plusieurs influences : Debussy et l’impressionnisme français, mais aussi le postromantisme allemand de Reger, ou encore les harmonies tendues de Scriabine, atteignant parfois les frontières du langage tonal. Le compositeur français Alexandre Guilmant, dédicataire de plusieurs de ses pièces (dont celles-ci), déclarait : «J’aime beaucoup la musique de ce compositeur, car il y a de la mélodie, une excellente écriture et un sentiment poétique, qui ne se trouve pas toujours dans la musique d’orgue.» C’est justement ce sentiment qui imprègne les Trois Impressions op. 72, dont les titres originaux en français annoncent une inspiration impressionniste, mais qui restent cependant plutôt dans la lignée postromantique germanique.

– Isabelle Rouard

Vierne, Pièces de fantaisie

Composition : 1926.
Dédicaces :
Hymne au soleil : «à mon élève, Madame Ruth M. Conniston, organiste à New York (USA)».
Feux follets : «à mon ami Charles Courboin, organiste de Wanamaker Auditorium à Philadelphie (USA)».
Toccata : «à mon ami le Docteur Alexandre Russel, professeur à Princeton University (USA)». 

Parallèlement aux œuvres monumentales que sont ses six symphonies pour orgue, Vierne a composé plusieurs de recueils de pièces de concert, abstraites ou d’inspiration poétique, personnelle et subjective : les Vingt-quatre Pièces en style libre et les Pièces de fantaisie. Ces dernières, réparties en quatre suites de six pièces chacune, présentent des caractères expressifs très contrastés, depuis les pages méditatives jusqu’aux démonstrations particulièrement virtuoses, tout en restant d’un intérêt musical soutenu.

L’Hymne au soleil est une pièce d’une grande densité sonore, utilisant dans son thème initial des rythmes majestueux à la française, joués en accords puissants et massifs, qui s’adoucissent par moments pour mieux progresser ensuite jusqu’à une grandiose péroraison.

Feux follets est une sorte de scherzo fantastique d’une grande virtuosité qui explore le registre de la légèreté capricieuse et imprévisible, sur des harmonies chromatiques parfois presque atonales. Les éclairs fantomatiques virevoltent sur les différents plans sonores de l’orgue avec une fluidité déconcertante, presque diabolique ! L’imagination musicale de Vierne atteint là un sommet d’inspiration.

La Toccata qui termine la deuxième suite s’inscrit dans la tradition de la toccata pour orgue française, à la virtuosité digitale brillante, souvent utilisée comme pièce de «sortie» des offices liturgiques (bien que les Pièces de fantaisie soient des œuvres de concert sans aucune référence religieuse). Celle-ci est d’un ton particulièrement sérieux (Vierne affectionne les tonalités mineures et un chromatisme omniprésent). Au-dessous du flux des doubles croches des claviers manuels se dessine peu à peu un thème mélodique joué à la pédale dont l’élan donne à cette toccata une allure de chevauchée héroïque.

– I. R.

Messiaen, Combat de la Mort et de la Vie

Composition : 1939.
Première exécution privée devant ses élèves : Paris, Église de la Trinité, le 22 juillet 1941, par le compositeur. – 
Première exécution publique (partielle : Joie et Clarté des Corps glorieux et Combat de la mort et de la vie : Paris, palais de Chaillot, 28 décembre 1941, par l’auteur.
Première exécution publique : Paris, église de la Trinité, le 15 novembre 1943, par le compositeur. 

Avec Les Corps glorieux, Olivier Messiaen compose un vaste cycle qui marque l’aboutissement de ses recherches sur le langage musical de sa première période créatrice (modes, métrique,…). Mais c’est surtout une œuvre d’une profonde teneur spirituelle, d’inspiration contemplative et mystique, où les couleurs sonores se diffractent comme à travers la lumière d’un vitrail. Les Corps glorieux sont ceux des ressuscités. «La vie des ressuscités est libre, pure, lumineuse, colorée, explique le compositeur. Les timbres de l’orgue refléteront ces caractères. […] La résurrection et la gloire des ressuscités ont pour cause et pour modèle la résurrection du Christ, dont le premier et sublime moment est évoqué dans Le Combat de la Mort et de la Vie.» Cette pièce, la plus développée du recueil, porte encore en exergue cette citation du Missel (Séquence et Introït de Pâques) : «La mort et la vie ont engagé un stupéfiant combat ; l’Auteur de la vie, après être mort, vit et règne ; et il dit : Mon Père, je suis ressuscité, je suis encore avec toi

Le Combat de la Mort et de la Vie se divise en deux grandes parties : la première voit s’affronter deux forces contraires, l’une pesante et angoissante, l’autre fulgurante, agitée et tumultueuse. Le combat culmine sur un tutti d’une puissance déchirante, symbolisant les souffrances de la Passion, suivi d’un grand silence. La deuxième partie, dans la tonalité mystique de fa dièse majeur, est indiquée «Extrêmement lent, tendre, serein, dans la Paix ensoleillée du Divin Amour». Une mélodie ineffable s’exhale, c’est, confie l’auteur, «le moment le plus haut, le plus émouvant, le plus secret de la vie du Christ, […] cet instant sublime où Jésus se lève ; vivant, lumineux, premier né d’entre les morts […]».

– I. R.

Liszt, Après une lecture du Dante

Composition : 1839, 1849.
Transcription pour orgue : Helmut Deutsch.

La «Dante Sonata» trouve son origine dans un séjour idyllique que firent Liszt et sa compagne Marie d’Agoult sur les rives du lac de Côme en 1837, lisant la Divine Comédie de Dante. La composition inspirée du poète florentin fut ébauchée en 1839, alors que les amants séjournaient à San Rossore, à proximité de Pise. Ce Fragment dantesque (dont la partition a disparu) a été remanié dix ans plus tard, une fois Liszt installé à Weimar. Il a pris alors [à une lettre près, ndlr] le titre d’un poème de Victor Hugo publié dans le recueil Les Voix intérieures et a été placé à la fin du deuxième volume des Années de pèlerinage, consacré à l’Italie. L’inspiration provient de la Divine Comédie, bien sûr, mais possiblement passée au filtre de la posture romantique autobiographique, telle que l’exprime Hugo («Quand le poète peint l’enfer, il peint sa vie»), ce qui en ferait le reflet des affres de la création.

L’introduction est une véritable descente aux Enfers, sur l’intervalle fatidique de triton, le «diabolus in musica», un portique où l’on croit entendre résonner cette sentence terrible : «Vous qui entrez ici, laissez toute espérance.» Plusieurs thèmes vont être exposés, combinés, transformés, au cours d’une épopée aux allures rhapsodiques, mais solidement architecturée. On remarquera notamment un motif chromatique aux allures de lamentation, qui adopte parfois une expression passionnée, et un choral diatonique en accords parfaits qui symbolise le ciel et la rédemption. Celui-ci emporte à la fin le motif diabolique «redressé» en intervalles justes de quartes et quintes en un ultime triomphe des forces positives.

– I. R.

Quand le poète peint l’enfer, il peint sa vie :
Sa vie, ombre qui fuit de spectres poursuivie ;
Forêt mystérieuse où ses pas effrayés
S’égarent à tâtons hors des chemins frayés ;
Noir voyage obstrué de rencontres difformes ;
Spirale aux bords douteux, aux profondeurs énormes
Dont les cercles hideux vont toujours plus avant 
Dans une ombre où se meut l’enfer vague et vivant ! […]

(Victor Hugo, première strophe d’Après une lecture de Dante, 6 août 1836, in Les Voix intérieures, 1837)

L’ORGUE DE L’AUDITORIUM

L’ORGUE EN BREF

Les facteurs d’orgue :
Aristide Cavaillé-Coll (1878)
Victor Gonzalez (1939)
Georges Danion/S. A. Gonzalez (1977)
Michel Gaillard/Manufacture Aubertin (2013)

Console :
Christophe Cailleux/Organotech (2024)

Construit pour l’Exposition universelle de 1878 et la salle du Trocadéro, à Paris, cet instrument monumental (82 jeux et 6300 tuyaux) fut la «vitrine» du plus fameux facteur de son temps, Aristide Cavaillé-Coll. Les plus grands musiciens se sont bousculés à la console de cet orgue prestigieux, qui a révélé au public les Requiem de Maurice Duruflé et Gabriel Fauré, le Concerto pour orgue de Francis Poulenc et des pages maîtresses de César Franck, Charles-Marie Widor, Marcel Dupré, Olivier Messiaen, Jehan Alain, Kaija Saariaho, Édith Canat de Chizy, Thierry Escaich ou Philippe Hersant. Remonté en 1939 dans le nouveau palais de Chaillot par Victor Gonzalez, puis transféré en 1977 à l’Auditorium de Lyon par son successeur Georges Danion, cet orgue a bénéficié en 2013 d’une restauration par Michel Gaillard (manufacture Aubertin) qui lui a rendu sa splendeur. La variété de ses jeux lui permet aujourd’hui d’aborder tous les répertoires, de Bach ou Couperin aux grandes pages romantiques et contemporaines. C’est, hors Paris (Maison de la Radio et Philharmonie), le seul grand orgue de salle de concert en France. Depuis octobre 2024, il bénéficie d’une console neuve, réalisée par Christophe Cailleux/Organotech. 

En savoir plus

Auditorium-Orchestre national de Lyon

04 78 95 95 95
149 rue Garibaldi
69003 Lyon

The Auditorium and the Orchestre national de Lyon: music in the heart of the city. 160 concerts per season : symphonic concerts, recitals, films in concerts, family concerts, jazz, contemporary and world music, but also workshops, conferences, afterworks ...