Notes de programme

Sandrine Piau

mer. 12 mars 2025

Retour au concert du mer. 12 mars 2025

Programme détaillé

Fanny Mendelssohn Hensel (1805-1847) 
Six Lieder op. 7

Extraits :

I. Nachtwanderer [Le Promeneur de la nuit] 
III. Frühling [Printemps] 

Poèmes de Joseph von Eichendorff (1788-1857)
1839-1846

Dämmrung senkte sich von oben 

[D’en haut est tombé le crépuscule]

Poème de Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832)
1843

Franz Schubert (1797-1828)
Schwanengesang, D 957

[Le Chant du cygne]
Extraits :

VI. In der Ferne [Au loin] – poème de Ludwig Rellstab (1799-1860)
IX. Ihr Bild [Son image] – poème de Heinrich Heine (1797-1856) 

1828

Clara Wieck Schumann (1819-1896) 
Six Lieder op. 13

Extrait :

I. Ich stand in dunklen Träumen [Je me trouvais dans des rêves sombres], op. 13/1

Poème de Heinrich Heine
1840

Lorelei

Poème de Heinrich Heine
1843

Hugo Wolf (1860-1903)
Mörike-Lieder

Extraits :

XII. Verborgenheit [Dissimulation]
XXXVIII. Lied vom Winde [Chanson du vent]

Poèmes d’Eduard Mörike (1804-1875)
1888

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Les mélodies de Duparc, Boulanger et Koechlin forment un tout.

Henri Duparc (1848-1933) 
L’Invitation au voyage

Poème de Charles Baudelaire (1821-1867)
1870-1871

La Vie antérieure

Poème de Charles Baudelaire
1874-1884

Lili Boulanger (1893-1918) 
Clairières dans le ciel

Extrait :

VI. Si tout ceci n’est qu’un pauvre rêve

Poème de Francis Jammes (1868-1938)
1913-1914

Le Retour

Poème de Georges Delaquys (1880-1790)
1912

Charles Koechlin (1857-1950) 
Shéhérazade, op 84

Extrait :

– Le Voyage (livre II, n° 2) 

Poème de Tristan Klingsor (1874-1966)
1922-1923

Maurice Ravel (1875-1937) 
Cinq Mélodies populaires grecques

I. Chanson de la mariée 
II. Là-bas, vers l’église 
III. Quel galant m’est comparable 
IV. Chanson des cueilleuses de lentisques 
V. Tout gai !

Textes anonymes traduits en français par Michel Dimitri Calvocoressi (1877-1944)
1904-1906

 

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Francis Poulenc (1899-1963) 
Banalités 

I. Chanson d’Orkenise 
II. Hôtel 
III. Fagnes de Wallonie 
IV. Voyage à Paris 
V. Sanglots

Poèmes de Guillaume Apollinaire (1880-1918)
1940

Durée du concert : 1 heure sans entracte.

Dans le cadre d’Unanimes ! Avec les compositrices. Attentif depuis plusieurs années à la place des femmes dans sa programmation, l’Auditorium-Orchestre national de Lyon participe à cette initiative de l’Association française des orchestres (AFO) dédiée à la promotion des compositrices et de leur répertoire.

Distribution

Sandrine Piau soprano
Corine Durous piano

Introduction

Texte : Auditorium-Orchestre national de Lyon

les œuvres

Sandrine Piau et Corine Duris nous convient à un voyage où l’imagination s’envole sur les ailes du chant et de la poésie. Mélancoliques ou enjouées, les humeurs vagabondes qui s’expriment dans chaque lied ou mélodie forment un éventail de couleurs diaprées qui invitent au rêve. Les ailleurs sont parfois lointains et inconnus, le plus souvent intimes et secrets, dans une errance fantasmée de désirs inaccessibles, de regrets évanouis… La sensibilité féminine tient une place de choix dans ce parcours poétique et musical, grâce aux compositrices Fanny Mendelssohn, Clara Schumann ou Lili Boulanger, dont les œuvres longtemps occultées sont désormais mises à l’honneur.

Pour des raisons de convenance sociale, Fanny Mendelssohn, la sœur aînée de Felix, n’a pas pu faire la carrière musicale que ses dons exceptionnels lui promettaient. Elle a cependant composé une œuvre abondante, restée inédite de son vivant, dont environ 250 lieder. Ce n’est qu’en 1846 qu’elle obtint se son frère l’autorisation de publier deux recueils de lieder (dont l’op. 7) et des pièces pour piano… quelques mois avant sa mort prématurée, d’une attaque cérébrale. 
Nachtwanderer [Le Promeneur de la nuit] illustre le thème romantique par excellence du voyageur nocturne au sein d’une nature bienveillante, seulement troublée par les frissonnements des arbres dont on entend soudain le murmure dans la partie de piano. La nature frémit de joie dans le primesautier Frühling [Printemps], où le printemps est annonciateur du bonheur amoureux. Le poème de Goethe Dämmrung senkte sich von oben [D’en haut est tombé le crépuscule] est encore un paysage nocturne, mais d’une mélancolie pénétrante.

Avec Franz Schubert, on aborde le thème romantique central du Wanderer, voyageur errant dans un monde hostile, partout étranger, sans espoir de trouver le bonheur. In der Ferne ([Au loin], poème de Rellstab) fait partie du Chant du cygne, recueil posthume des derniers lieder composés par Schubert en 1828. Sur un ton dramatique, le personnage exprime la douleur de la solitude et rappelle le souvenir de sa bien-aimée qui l’a rejeté. 
Du même recueil, mais sous la plume de Heine, Ihr Bild [Son visage] reprend le thème de la perte de la bien-aimée, dans une immobilité glacée. 

Le même poème a été mis en musique par Clara Schumann, sous le titre de Ich stand in dunklen Träumen [Je me trouvais dans des rêves sombres] dans une expression plus amène, paré d’harmonies délicates. Ce lied a été offert par Clara à son époux Robert comme cadeau de Noël en 1840. 
Le célèbre poème de Heinrich Heine Lorelei raconte la légende d’un batelier attiré par le chant de la belle Lorelei, qui sombre dans les récifs du Rhin. Il est mis en musique par Clara sous forme d’une ballade épique qui se souvient du Roi des aulnes de Schubert.

Parmi les cinquante-trois lieder composés par Hugo Wolf sur des poèmes de Mörike, Verborgenheit [Dissimulation] exprime un malaise intérieur et secret équivalent à ce que Baudelaire appellera le spleen, une frustration résultant d’un idéal non réalisé : «Laisse, ô monde, laisse-moi être !»
Dans le Lied vom Winde [Chanson du vent], emporté par une partie de piano tempétueuse, un enfant questionne le vent : «Où est ta patrie, où est la patrie de l’amour ?», questions sans réponses bien sûr… 

Là tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire, L’Invitation au voyage

Avec Henri Duparc, nous abordons la deuxième partie de ce récital, consacrée à la mélodie française. Ce compositeur à l’œuvre succincte s’est haussé, avec ses dix-sept mélodies, au niveau des plus grands chefs-d’œuvre du lied romantique allemand. Parmi celles-ci, deux puisent dans l’univers onirique de Baudelaire : la somptueuse Invitation au voyage et La Vie antérieure, dont il mettra presque dix ans à parachever la composition, progressivement atteint d’une impuissance créatrice due à une maladie neurologique dégénérative. Dans cette dernière mélodie, la riche partie de piano termine seule, en un postlude désolé qui vient clore la paradisiaque vision d’un ailleurs impossible.

Lili Boulanger a choisi treize poèmes extraits du recueil Tristesse de Francis Jammes pour composer le cycle Clairières dans le ciel, d’où est tiré Si tout ceci n’est qu’un pauvre rêve. Ce poème devait la toucher au plus profond d’elle-même, étant malade depuis son enfance et comme pressée de réaliser son œuvre avant de disparaitre, à l’âge de 24 ans. Le désir de vivre est bien fort (réminiscences chromatiques «tristanesques») et la désillusion bien cruelle… 

Le voyage… c’est aussi le retour : par exemple celui d’Ulysse, bercé des ondulations profondes de la mer et du souvenir musical du Faune de Debussy, «comme à travers la brume» (indication sur la partie de piano).
Dans le poème Le Voyage de Tristan Klingsor, subtilement mis en musique par Charles Kœchlin, le poète préfère renoncer au «merveilleux mensonge» d’un ailleurs :

Car le songe est plus beau que la réalité,
Car les plus beaux pays sont ceux que l'on ignore,
Et le plus beau voyage est celui fait en rêve.

Quittons les sortilèges symbolistes pour les rivages ensoleillés de la Grèce, aux sources des mélodies populaires : Maurice Ravel harmonisa cinq chansons folkloriques traduites en français pour son ami Calvocoressi, d’origine grecque. Ces mélodies ingénues sont serties par Ravel d’harmonies raffinées, d’une touche légère qui ne masque pas leur authenticité.

Enfin, après toutes ces étapes réelles ou rêvées, on pourrait revenir, avec Guillaume Apollinaire et Francis Poulenc, à des paysages plus familiers. Pourtant cette poésie souvent énigmatique nous entraîne bien au-delà des «banalités» du quotidien, loin d’une anonyme chambre d’hôtel ou des rues de Paris, capitale de l’amour. Légendes, souvenirs, regrets et sanglots… Poulenc est ici le maitre de l’évocation et du mystère. 

– Isabelle Rouard

Auditorium-Orchestre national de Lyon

04 78 95 95 95
149 rue Garibaldi
69003 Lyon

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